Le Prix Hippocrène de l'éducation à l'Europe

Le Prix Hippocrène de l'éducation à l'Europe est un concours proposé aux établissements scolaires qui récompense les meilleurs projets de partenariat européen élaborés par une classe et ses professeurs. Il a été lancé en 2010 à l'initiative de la Fondation Hippocrène qui décide de faire de l'éducation des jeunes à l'Europe une priorité. L'objectif à travers ce prix, financé à hauteur de 40 000 € par la Fondation Hippocrène, est de donner l'envie d'Europe aux jeunes. En pratique, le Prix soutient la formation à l'Europe, la mobilité, les échanges, et les projets communs qui sont les meilleurs moyens pour les jeunes de concrétiser leur appartenance à cet ensemble commun qu'est l'Europe.
Cinq prix financés par la Fondation Hippocrène sont décernés chaque année pour financer les projets proposés : quatre prix de 5 000 €, un pour chacune des 4 catégories d'établissements pouvant participer : écoles primaires, collèges, lycées généraux, lycées professionnels, et un Grand prix d'un montant de 10 000 €. Le Prix Hippocrène de l'éducation à l'Europe est organisé en partenariat avec le Ministère de l'éducation nationale, avec la participation de l'agence Erasmus+ France, la Maison de l'Europe de Paris et l'AEDE-France. La cérémonie de remise des prix est organisée au Parlement européen de Strasbourg.

Une consultation citoyenne avec les lycéens lauréats était organisée à l'occasion de la remise des prix 2018. Le collège du Pont-de-la-Maye à Villenave d'Ornon a remporté Le Grand Prix (1er prix d'une valeur de 10 000 €) pour le projet intitulé "Guides polyglottes en herbe" présenté avec trois établissements partenaires de Pesaro, en Italie dans la région des Marches. L'originalité du projet basé sur la réalisation par les élèves d'un audio-guide interactif et plurilingue de la région partenaire pour des visites guidées en anglais, italien, français, portugais, espagnol, turc et albanais a retenu l'attention du jury.

Nous remercions l’enseignante d’italien, madame Laure Michel, qui a guidé les élèves dans la réalisation de ce projet, pour avoir répondu à nos questions.


Laure Michel, enseignante d'italien à Villenave d'Ornon.
 

Pouvez-vous nous parler du projet "Guides polyglottes en herbe" ?

Les échanges culturels et linguistiques qui amènent les élèves étudiant l'italien à rencontrer des italiens de leur âge et à partager leur quotidien sont les projets qui donnent du sens à notre métier. Communiquer, échanger en ligne avec les correspondants avant de les rencontrer et travailler sur le regard de l'autre, l'étranger, les préjugés, les stéréotypes sur les deux cultures sont les deux éléments primordiaux pour moi avant tout accueil dans les familles en France.
Demander aux élèves de se préparer en amont à nous guider eux-mêmes en Italie leur permet de s'immerger dans la culture avant de la découvrir in-situ et de prendre conscience de sa valeur.
Mais cette année nous avons été au-delà puisque chaque élève a non seulement fait sa préparation mais s'est enregistré en train de la lire, en français, italien et, pour certaines parties, en anglais, portugais, albanais et turc : langues étudiées au collège et langues maternelles de plusieurs de nos élèves.
Nous avons ensuite inséré ces audios grâce au logiciel ThingLink sur les plans des villes de Pesaro, Urbino et Bologne que nous avons visitées : les internautes peuvent désormais découvrir cet audio-guide plurilingue et interactif sur les comptes Facebook des Alliances Françaises et Instituts culturels de Bologne et Rimini ! (et bien entendu sur le site du Collège Pont de la Maye de Villenave d'Ornon !)
Pour tout ce travail nous avons eu l'immense honneur d'obtenir le Grand Prix du Jury Hippocrène 2018 d'Education à l'Europe (soit 10 000 €), le Prix Spécial du Public d'Education à l'Europe (2 000 €), délivré par la Représentation en France de la Commission Européenne et le label "2018 Année européenne du Patrimoine culturel" délivré par le Ministère de la culture ! 
Une véritable gloire pour notre collège et nos 52 élèves italianistes !

Pourquoi avez-vous décidé de participer à ce projet ?

Tout d'abord parce que ne pas tenter de trouver des correspondants puis d'emmener mes élèves chez eux en Italie au moins une fois pendant leurs trois années d'étude de l'italien au collège aurait été un gâchis. Ensuite parce que pour différentes raisons mes 52 élèves de la 5ème à la 3ème ne pouvaient accueillir dans leur famille ou participer au séjour en Italie mais que je souhaitais les faire participer tous au projet malgré tout. Voilà pourquoi correspondance en ligne, travail sur les points de vue et réalisation de notre audio-guide étaient importants pour moi. 
32 ont tout de même accueilli et participé, un joli nombre au regard du budget que cela demandait mais que nous sommes parvenus à constituer, avec l'aide notamment des Relations Internationales du rectorat (DAREIC), de la Mairie de Villenave d'Ornon, de l'Association de parents d'élèves et du Foyer socio-éducatif du collège.

Avez-vous eu des contacts avec la ville de Pesaro avant d’entreprendre ce projet ? Comment s’est fait le choix de la ville de Pesaro pour le projet ?

Ma collègue de l'Istituto Bramante Genga de Pesaro, Mme Beatrice Crinelli, avait déjà participé à un échange avec M. Floréal Molina, professeur d'italien au Lycée Vaclav Havel de Bègles il y a quelques années. Elle était désireuse de faire découvrir la région à ses nouveaux élèves et je recherchais, de mon côté, une collègue italienne de confiance pour le Pont de la Maye !
Avant de nous rencontrer en avril, élèves et enseignants des deux pays, nous avons échangé et travaillé en collaboration depuis octobre sur la plateforme européenne eTwinning qui met en relation tous les enseignants et élèves d'Europe inscrits. Pesaro étant la ville natale de Rossini, Urbino toute proche des berceaux de la Renaissance et Bologne une capitale gastronomique, je n'ai guère hésité.

Comment ont réagi les élèves à l’annonce de la participation à ce projet ?

Les élèves ont attendu avec anxiété le vote du Conseil d'administration qui devait nous permettre de débuter le projet, en octobre ! C'est donc avec enthousiasme qu'ils ont appris que le feu vert nous était donné. Les premiers contacts avec les correspondants sur \enquote{eTwinning} ont suscité beaucoup de curiosité et de joie, le travail sur les visites culturelles à préparer a été plus ou moins bien accueilli selon le profil scolaire des élèves mais tous se sont en définitive investis et ont rempli leur mission ! Dès que nous avons accédé à la finale du Prix Hippocrène, tous ont pris conscience de l'importance qu'avait en fait le travail audio qu'il leur restait à réaliser dans les différentes langues. Ce succès a été un véritable moteur pour tous jusqu'à la réalisation finale de notre audio-guide.

A t-il été toujours facile de travailler. Y a-t-il eu des moments de découragement ?

En ce qui me concerne il y a eu trois phases où j'ai cru comprendre ce que signifiait le terme "burn out" !
J'avais clairement sous-évalué en septembre, lors de la rédaction du projet, le temps que prendrait tout ce travail de préparation des visites à guider et leur enregistrement ! Le fait d'être en finale du Prix Hippocrène nous a obligés à aller au bout de ce que nous avions annoncé : ce fut exténuant mais extrêmement riche !
La période la plus difficile ayant été celle précédant les vacances de Noël où de trop nombreux élèves n'en étaient qu'à l'étape 1 du projet, alors que d'autres abordaient la 3ème. Le retard qu'ils avaient pris et le fait de devoir les rappeler à leur devoir sans cesse m'a inquiété (un peu !). Nous avons ensuite mis les bouchées doubles !

Pouvez-vous nous raconter dans quelle mesure les familles ont-elles participé au projet ?

Sans les familles des deux pays le projet n'aurait pu avoir lieu. 
Elles nous ont tout d'abord fait confiance puis ont été parties prenantes puisqu'elles ont hébergé 1 voire 2 Italiens pendant 7 jours, leur ont fait découvrir Bordeaux et sa région le week-end puis ont laissé leur enfant décoller vers Pesaro et vivre la même expérience dans les familles italiennes.
Je dois dire que leurs retours et leurs témoignages m'ont beaucoup touchée. Beaucoup ont considéré que leur enfant n'était pas le seul a ressortir enrichi de cette belle aventure mais que toute la famille en avait largement bénéficié.

Votre projet est plus que jamais important dans cette époque de fragilité et de tensions au sein de l’Europe. Pensez-vous que les élèves ont acquis une meilleure conscience du projet européen ?

Mme Consel, professeur d'anglais actrice de ce projet, moi-même et 10 élèves, "ambassadeurs" du projet, avons eu l'honneur d'être invités au Parlement européen de Strasbourg pour la remise des deux prix gagnés.
Les élèves ont alors pu assister au travail des députés : une séance plénière sur les droits de la femme en Arabie Saoudite et au Soudan.
La prise de conscience de l'importance des valeurs défendues par l'Union Européenne a été brutale, mais certaine. 
Cette journée a été fondamentale pour clôturer notre projet car ils ont pu, de retour au collège, restituer leurs découvertes, leur étonnement et leurs émotions aux autres élèves. 
Le partage avec nos jeunes voisins transalpins et européens, vécu tout au long de l'année et ces 15 jours à Bordeaux et Pesaro, a, je pense et je l'espère, renforcé cette notion d'appartenance européenne naissante chez nos jeunes guides polyglottes en herbe. E...l'anno prossimo: progetto eTwinning previsto con Matera, Capitale europea della cultura 2019 ! Via !


Laure Michel et ses élèves au Parlement de Strasbourg

 

Anaïs Guichard qui a participé au projet "Guides polyglottes en herbe" a accepté de répondre à quelques questions pour notre revue et nous la remercions.

Qu’a-t-il signifié pour vous participer à ce projet ?

Pour moi, participer à ce projet, était quelque chose d'important. Il m'a permis de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir la culture italienne, de m'améliorer en langue et de briser les stéréotypes. De plus, la réalisation de L'Audio Guide était un projet long, donc le voir évoluer avec le temps était réellement satisfaisant car il reflétait notre investissement à tous.

Aviez-vous déjà fait un voyage en Italie avant l’échange avec Pesaro ?
  
Oui. Je suis partie une semaine au mois de mars avec la classe de Latin/Grec à la découverte de Rome, Naples et Pompéi.


Anaïs Guichard
 

Cet échange vous a t-il permis de tisser des liens forts avec les jeunes italiens ?

Oui. Je suis devenue amie avec de nombreuses italiennes dont ma correspondante que j'aimerais revoir cet été.

Quel regard avez-vous aujourd’hui sur l’Europe ?

Aujourd'hui, mon regard a quelque peu changé. Pour moi, l'Europe n'est plus seulement un ensemble de pays séparés par une frontière mais un peuple avec certes des cultures différentes mais pas si éloignées les unes des autres.

Quels sont vos projets pour l’été ?

Je n'ai pas de projets en particulier mais j'aimerais beaucoup repartir en Italie pour découvrir Florence car cette année j'ai beaucoup travaillé sur la Renaissance avec l'Audio Guide et cette ville en est le berceau.

 Interviews de Stefania Graziano